Pourquoi l’huile de pépins de figue de Barbarie est-elle si précieuse ?

Pourquoi l’huile de pépins de figue de Barbarie est-elle si précieuse ?

Elle est souvent présentée comme l’une des huiles végétales les plus précieuses utilisées en cosmétique.

Mais derrière ce mot se cache une réalité très concrète.

Si l’huile de pépins de figue de Barbarie est rare, ce n’est pas simplement parce que le fruit est exotique ou parce que sa réputation s’est construite autour de soins haut de gamme. Sa valeur tient surtout à ce qu’il faut accomplir pour obtenir quelques gouttes d’huile : partir d’un fruit généreux pour ne conserver qu’une infime partie de celui-ci, sa graine.

Et dans chacune de ces graines, il y a finalement très peu d’huile.

Tout commence par un fruit généreux

Le figuier de Barbarie, Opuntia ficus-indica, est une plante singulière.

Habitué aux environnements secs, il est capable de se développer dans des régions où l’eau se fait rare. À la saison des fruits, ses raquettes portent des figues de Barbarie à la chair juteuse, parsemée de nombreuses petites graines.

Lorsque l’on regarde le fruit dans son ensemble, les pépins semblent presque secondaires.

Pour produire l’huile, ce sont pourtant eux que l’on recherche.

Le fruit doit d’abord être récolté. Les graines sont ensuite séparées de la pulpe, nettoyées et séchées avant de pouvoir être utilisées pour l’extraction de leur huile.

Autrement dit, la matière première nécessaire à la fabrication de l’huile ne représente qu’une petite partie du fruit que l’on avait au départ.

Beaucoup de graines, peu d’huile

C’est ici que l’on comprend véritablement la rareté de cette huile.

Les graines de figue de Barbarie contiennent naturellement peu de lipides. Les chiffres peuvent varier fortement selon la variété, la région de culture, les conditions climatiques ou encore la méthode d’analyse, mais les études retrouvent généralement un rendement en huile relativement faible.

Une étude portant sur différentes origines a par exemple observé des teneurs allant d’environ 5 à 14 % dans les graines, tandis qu’une étude plus récente portant sur des graines marocaines retrouvait des proportions encore plus faibles, de l’ordre de quelques pourcents.

Il faut donc beaucoup de matière végétale et de nombreuses graines pour obtenir une quantité relativement modeste d’huile.

C’est cette réalité, plus que n’importe quel discours marketing, qui explique en grande partie sa valeur.

Avant même la pression, un long travail de préparation

On imagine facilement une graine que l’on place dans une presse et dont l’huile s’écoule immédiatement.

La réalité est moins simple.

Les graines sont emprisonnées dans la chair du fruit. Il faut d’abord les récupérer, les débarrasser des résidus de pulpe et les préparer soigneusement.

Vient ensuite le séchage, indispensable avant l’étape d’extraction.

Ce n’est qu’après toute cette préparation que les graines peuvent être pressées pour récupérer leur fraction huileuse.

Le flacon que l’on tient dans la main est donc l’aboutissement d’une succession d’étapes dont une grande partie reste invisible une fois le produit terminé.

La rareté se trouve aussi là : dans tout ce qu’il a fallu retirer, trier et préparer avant de conserver finalement quelques gouttes.

Pourquoi privilégier la pression à froid ?

Pour une huile destinée au soin de la peau, la méthode d’extraction compte.

La pression mécanique permet de séparer l’huile contenue dans les graines sans avoir recours à une extraction reposant sur des solvants organiques.

Lorsqu’elle est réalisée à froid, l’objectif est également de limiter l’exposition de l’huile à des températures élevées au cours de son extraction.

Toutes les méthodes d’extraction ne donnent d’ailleurs pas exactement le même résultat : des recherches comparant différentes techniques montrent que les conditions utilisées peuvent influencer le rendement et certaines caractéristiques de l’huile obtenue.

Choisir une huile pressée à froid n’est donc pas seulement une mention esthétique sur une étiquette. C’est aussi un choix concernant la manière dont la matière première est transformée.

Une petite graine à la composition étonnamment riche

Si tant d’attention est portée à ces pépins, c’est aussi pour ce qu’ils renferment.

Leur huile est caractérisée par une forte proportion d’acides gras insaturés, avec en premier lieu l’acide linoléique, un oméga-6 qui représente généralement plus de la moitié des acides gras présents.

On y retrouve également de l’acide oléique — un oméga-9 — ainsi que des proportions plus modestes d’acides palmitique et stéarique.

Mais la composition ne s’arrête pas aux acides gras.

Les analyses mettent également en évidence des tocophérols, appartenant à la famille de la vitamine E, ainsi que des phytostérols, dont le β-sitostérol. Certaines huiles analysées présentent notamment plusieurs centaines de milligrammes de tocophérols par kilogramme et des teneurs importantes en phytostérols.

Cette richesse naturelle explique une partie de l’intérêt cosmétique de l’huile.

Et surtout, ces composés ne constituent pas une formule créée en laboratoire puis ajoutée à l’huile : ils sont naturellement présents dans la graine dont elle est issue.

Précieuse ne signifie pas qu’il faut en utiliser davantage

C’est presque le paradoxe de cette huile.

Il faut beaucoup de fruits et de graines pour la produire, mais très peu d’huile pour prendre soin de sa peau.

Une huile végétale s’utilise en effet en petite quantité. Pour le visage, quelques gouttes suffisent généralement à répartir une fine couche sur la peau, le cou et éventuellement le décolleté.

En appliquer davantage ne multiplie pas ses qualités.

Au contraire, apprendre à utiliser une huile avec parcimonie permet de mieux apprécier sa texture et d’éviter de laisser un film trop important à la surface de la peau.

La préciosité n’appelle donc pas l’abondance.

Elle invite plutôt à la mesure.

Toutes les huiles ne racontent pas la même histoire

Le terme « huile de figue de Barbarie » peut parfois recouvrir des produits différents.

Une véritable huile de pépins provient de la fraction huileuse des graines. Elle ne doit pas être confondue avec un macérât, pour lequel une partie de la plante est mise à macérer dans une autre huile végétale.

La différence est importante.

Un macérât peut parfaitement avoir son intérêt cosmétique, mais il ne possède ni le même procédé de fabrication ni nécessairement la même composition qu’une huile directement extraite des pépins.

Lorsqu’une huile est présentée comme pure, regarder sa liste INCI permet donc de savoir très simplement ce que contient le flacon : pour l’huile de graines de figue de Barbarie, on recherche la dénomination Opuntia Ficus-Indica Seed Oil.

La rareté dans sa forme la plus simple

Il y a quelque chose d’assez paradoxal dans l’huile de pépins de figue de Barbarie.

Son apparence est d’une grande simplicité.

Pas de formule complexe à observer. Pas de multitude d’ingrédients. Seulement une huile dorée que l’on utilise goutte après goutte.

Pourtant, avant d’arriver dans le flacon, il a fallu un cactus, des fruits, une multitude de graines, leur séparation, leur préparation et enfin leur extraction.

C’est sans doute la meilleure manière de comprendre pourquoi cette huile est considérée comme précieuse.

Non pas parce qu’elle aurait besoin d’être rare pour être désirable, mais parce que la nature en produit peu, et qu’il faut beaucoup pour en obtenir un peu.

Quelques gouttes seulement.

Et derrière elles, tout un fruit.